J’ai plongé sous l’Opéra Garnier
Un article de Carole Matinaud.
Oui, j’ai plongé sous l’Opéra Garnier à Paris !
Une plongée insolite, un lieu exceptionnel où bien peu de personnes s’aventurent : la citerne des sous-sols de l’Opéra Garnier qui sert de réserve d’eau et de lieu d’entraînement à la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris.
une nappe phréatique découverte lors de la construction du bâtiment en 1861 ! La masse d’eau est alors canalisée et contenue dans un cuvelage en béton. Celui-ci permet non seulement aux infrastructures de résister à la pression des eaux d’infiltration, mais aussi et de mieux répartir les charges des fondations. Aujourd’hui cette citerne est à la disposition des pompiers de Paris comme terrain d’exercice pour la plongée et comme réserve d’eau en cas d’incendie.
Nous garons les véhicules sur le flanc gauche de l’Opéra, déchargeons les blocs et les sacs de plongée.
Nous entrons dans le bâtiment par une porte de service. Le personnel de l’Opéra est là, impassible et coutumier de ces manoeuvres de pompiers. Nous empreintons ensuite un petit escalier très exigu.
Au premier sous-sol, une porte entrouverte attire l’attention du néophyte : on y aperçoit les rouages de l’Opéra, les énormes poulies de bois qui permettent de manœuvrer les décors, le lieu est vraiment magique… Il ne faut pas trainer, non seulement les clichés sont prohibés, mais je ne suis pas là pour cela … derrière un grillage je vois déjà l’eau qui nous attend !Je commence à m’équiper, j’enfile la semi étanche, je crains le froid et n’ai pas vraiment envie que cela se voit… les pompiers sourient … et m’annoncent une eau a 20ºC .
Qui a osé me parler de 10ªC ? Certainement les mêmes qui m’ont parlé du Fantôme de l’Opéra !
Pour le reste du matériel, je suis complètement équipée par les pompiers : un bi avec 1er étage protégé, mes 2 détendeurs, mes 2 manos, le tout greffé sur une superbe stab Medium/Large « C’est votre taille non ? » … bien sûr ! Même si dans le civil je suis plutôt en XSmall, que cela reste entre nous.
Mais surtout j’ai droit au casque des pompiers, alors là je crois que voir ma première squille ne me donnera même pas tant de plaisir tiens ! C’est donc équipée des palmes au casque que je descends l’échelle, entre les toiles d’araignées, menant directement dans la cuve sombre. A la lueur de ma torche, je découvre alors une immense salle, d’environ 50 x 20m, de 3 mètres de haut, le tout parsemé de colonnes. L’eau remplit l’espace jusqu’à 50 cm sous plafond, elle est extrêmement claire, à condition de prendre bien soin de ne pas remuer la fine couche de dépôt jonchant le sol.
Je plonge selon les normes des pompiers en formation, toujours en binôme. Je suis reliée à la surface par un boot accroché à ma stab, une commande, cela assure ma sécurité et me permet aussi de communiquer.
Une autre équipe de plongeurs se joint à nous, ils sont là en exercice « Surface Non Libre » et ont pour objectif de dévider un fil d’Ariane au milieu du dédale de colonnes. Nous sommes dans un autre monde, dans les sous sols de Paris, entre ombres et pénombre, la lumière de nos torches jouant avec les colonnes ne troublant que la quiétude du poisson veillant sur les lieux. Car il y a bel et bien de la vie, hormis mes collègues sapeurs et moi-même, il y aurait trois petits poissons (pas des carpes, ni des truites, juste des petits poissons), j’ai quant à moi seulement vu trois fois le même !